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« Personnages menacés. La jeunesse trans dans les séries existe-telle ? », …, 2027.

✏︎ Que ce soit dans des programmes américains ou francophones, la jeunesse trans dans les séries télévisées existe bel et bien, mais pour combien de temps ? Alors que l’administration Trump instaure un climat politique particulièrement répressif à l’égard des personnes LGBTQ+, le dernier rapport du GLAAD (Gay & Lesbian Alliance Against Defamation), publié le 8 novembre 2025, fait déjà état d’un recul net et alarmant de la visibilité queer à la télévision et dans les fictions américaines. Il montre qu’il y a statistiquement moins de personnages LGBT à l’écran, en raison des nombreuses annulations de séries qui en comportaient, et note la disparition quasi totale des personnages trans dans les productions des grandes chaînes de l’année. En France, où leur visibilité était déjà limitée, celle-ci s’est encore trouvée récemment réduite. Faut-il désormais craindre que les personnages trans soient de plus en plus menacés de disparition ou d’essentialisation ? Pourtant, au cours des quinze dernières années les séries ont participé à l’émergence de nouveaux imaginaires des corps et des expériences trans, tout en contribuant à redéfinir régulièrement les notions de transidentité et de queerité. Néanmoins, longtemps limitée à quelques figures récurrentes d’adultes trans (d’abord interprétées par des acteurices cisgenres, sauf dans de rares exceptions comme Laverne Cox pour le personnage de Sophie Burset dans Orange Is The New Black, Netflix, 2013-2019), la représentation s’est progressivement enrichie et complexifiée. Les personnages ne se réduisent plus à des figures dont la transidentité est pathologisée, victimisée, pathétique ou pédagogique, leurs trajectoires débordent désormais les récits habituels focalisant sur la période de transition, ou les souffrances psychiatriques. Aussi, plusieurs personnages trans adolescent·e·s et jeunes adultes, désormais investis de rôles centraux dans des productions anglophones et francophones destinées à un large public ont vu leurs trajectoires fictionnelles progressivement s’épanouir. Nomi Marks, interprétée par Jamie Clayton dans Sense8 (Netflix, 2015-2018), ou Jules Vaughn interprétée par Hunter Schafer dans Euphoria (HBO, 2019-2926), sont peut-être les exemples les plus populaires. Malgré tout, leur avenir demeure incertain et la circulation de ces figures dans les sphères faniques et culturelles reste marginale. Ce texte propose une étude de cas consacrée à Viktor Hargreeves de la série The Umbrella Academy (Netflix, 2019-2024), personnage transmasc dont la transition de genre semble discrètement et pertinemment intégrée au cours de la troisième saison à l’initiative de l’acteur Elliot Page à la suite de sa propre transition. Dans la mesure où il ne concerne pas seulement la transformation d’un personnage au sein d’une fiction, mais aussi la reconfiguration simultanée d’un ensemble de relations reliant acteur, scénaristes, plateformes de diffusion, médias, fandoms et débats publics, ce cas constitue un objet particulièrement intéressant pour les études queer. Pour cause, dans la mesure ou il est presque davantage connu dans certains espaces militants trans, où il est parfois mobilisé comme une véritable icône politique, qu’au sein même des fandoms de la série, Viktor Hargreeves est devenu un personnage paradigmatique, se tenant à l’intersection des luttes queer et des imaginaires trans.

« Émergence de la figure de l’autiste queer à l’écran. Iconologie des diversités autistiques et politiques de représentation dans les séries télévisées anglophones », Actes du Colloque AuFic 2, Toulouse, 2027.

✏︎ Les séries télévisées participent depuis plusieurs décennies à la construction des imaginaires sociaux de l’autisme. Longtemps dominées par quelques représentations récurrentes, comme les figures pré-autistiques, celle du savant spécialisé, ou encore de l’autiste vulnérable et dépendant, ces représentations ont contribué à diffuser une vision restrictive de l’autisme, généralement associée à des personnages masculins, blancs et hétérosexuels (Murray, 2008 ; Loftis, 2015). Plus particulièrement, des personnages tels que Adrian Monk, dans Monk (USA Network, 2002-2009), Shaun Murphy dans The Good Doctor (ABC, 2017+), ou Sheldon Cooper dans The Big Bang Theory (CBS, 2007-2019), souvent lu rétrospectivement à travers le spectre autistique sans être explicitement diagnostiqué, ou encore des personnages ouvertement déclarés neuroatypiques comme Sam Gardner dans Atypical (Netflix, 2017-2021), ont largement contribué à stabiliser certaines figures culturelles de l’autisme dans les médias en réduisant la diversité des expériences autistiques à des compétences, ou à des marginalités neurologiques à travers leur pathologisation. Après une brève iconologie des représentations genrées de l’autisme dans les séries télévisées anglophones contemporaines, il s’agira d’identifier les principales figures qui organisent ces représentations, depuis les premiers stéréotypes jusqu’à l’émergence de personnages explicitement inscrits dans les paradigmes de la neurodiversité. L’hypothèse défendue est que les séries participent aujourd’hui à un déplacement progressif des imaginaires de l’autisme. Cette évolution apparaît particulièrement visible à travers l’émergence récente d’une figure de l’autiste queer, encore peu étudiée dans les travaux sur les représentations médiatiques de l’autisme. À partir des crip studies (McRuer, 2006 ; Kafer, 2013), des neuroqueer studies (Walker, 2021 ; Yergeau, 2018), des travaux consacrés aux représentations culturelles de l’autisme (Murray, 2008 ; Loftis, 2015 ; Price, 2022) ainsi que des recherches francophones sur la neurodiversité (Chamak, 2015 ; Dachez, 2016 ; Coville et Lallet, 2023), cette communication analysera la manière dont certaines séries articulent désormais autismes, genres et sexualités en dehors des cadres normatifs traditionnels. À ce titre, une étude de cas consacrée à Quinni Gallagher-Jones, personnage lesbien et autiste de Heartbreak High (Netflix, 2022+), reboot contemporain de la série australienne du même nom diffusée dans les années 1990, semble pertinent. Interprétée par l’actrice autiste Chloé Hayden, Quinni constitue l’une des premières figures neuroqueer largement diffusées dans une série destinée à un public international. Son intérêt réside moins dans la juxtaposition de deux identités minoritaires (être autiste et être lesbienne) que dans la manière dont la série articule ces expériences pour produire une représentation de l’altérité qui échappe simultanément aux normes hétérosexopatriarcales neurotypiques (Preciado, 2022). À partir des travaux de Melanie Yergeau (2018), Nick Walker (2021) ou Devon Price (2022), cette communication défendra l’hypothèse que Quinni participe à l’émergence d’un nouvel imaginaire de l’autisme à l’écran, en posant l’hypothèse qu’il s’agit d’un autisme pensé non plus comme un « don », un déficit à corriger ou une singularité à compenser, mais comme une position située à partir de laquelle il devient possible de questionner les normes sociales elles-mêmes. Dans un contexte marqué par la remise en cause croissante des politiques de diversité, d’équité et d’inclusion dans plusieurs pays de par le monde, et surtout en ce moment aux USA, l’analyse de Quinni permettra ainsi d’interroger la fragilité mais aussi la portée politique des représentations neuroqueer contemporaines. Plus largement, il s’agira de montrer que la figure de l’autiste queer ne transforme pas seulement les représentations de l’autisme, mais qu’elle participe à redéfinir les conditions mêmes de visibilité, d’intelligibilité et de reconnaissance des subjectivités neurodivergentes dans la culture populaire récente.

« Christa Novak: The Politics of Vulnerability. Fluid Bodies and Ecoqueer Critique of Biopower in Ad Vitam (Arte 2018)», Olivier Le Blond, Cris Robu (dir.), Queer Resistance in the Francosphere, New York, Bloomsbury Publishing Plc, 2026.

✏︎ In the series Ad Vitam (Arte, 2018), a technoscientific dystopia in which biological death has been delayed through liquid cell regeneration, tension is created between two bodily regimes: the posthuman optimisation promoted by society, and the queer, vulnerable and non-reproductive existence embodied by Christa Novak. By refusing regeneration, Christa becomes a figure of resistance. Neither stable nor fully gendered, her suffering body refuses to enter the cycle of standardised longevity and becomes a site of political contestation. This work questions the series as speculative ecoqueer fiction, mobilising fluid body theory (Mortimer-Sandilands, Haraway, Morton) and crip theory (McRuer, Puar) to highlight representations of a marginal, porous and subversive body. Drawing on hydrofeminism (Neimanis, 2017), the liquid – a biotechnological medium for infinite life – is also reconfigured as a fluid of political contamination, affective transmission and somatic disobedience. A central tension emerges: In Ad Vitam, a posthumanist biopower appropriates bodily fluidity to naturalise an ideal of prolonged and controlled life. In response, Christa reintroduces instability, pain, mortality and memory as sources of queer otherness and ethical connection to life. She thus becomes the vector of a post-identitarian, eco-sensitive imaginary, revealing the body’s political plasticity and capacity to resist normalisation. Finally, as characters like this are still quite rare in French and Francophone World audiovisual fiction, this study questions the power of television series to reconfigure queer representations. What effect could such a character have on French audiences, particularly LGBTQIA+ audiences or with certain disabilities? Can these representations be considered visual expressions of political resistance, capable of bolstering the fight for social justice, diversity, and ecology? Through a combination of iconology, critical theory, and aesthetic analysis, this article explores how Ad Vitam creates a narrative space in which to consider queer, ecoqueer, and disobedient futures through fiction.

« Corps fluides et queerisation des mondes. Pour une écologie queer des images sérielles », Vivien Philizot, Sophie Suma, Benjamin Thomas, Écologie des images, Éditions Deux-cent-cinq, Lyon, 2025, Chapitre 3.

✏︎ Ce chapitre explore une écologie queer des images sérielles en interrogeant la manière dont certaines figures télévisuelles féminines incarnent des identités hybrides et transgressent les normes de genre, de sexualité et d’humanité. À travers une analyse iconologique des “corps fluides”, il examine comment ces représentations remettent en cause les dualismes nature/culture, humain/non humain et “normal”/monstrueux, tout en révélant des relations interespèces et technoscientifiques. Mobilisant les Queer TV Studies et les théories des écologies queer, l’étude met en évidence l’agentivité des images et leur capacité à redéfinir les concepts de nature et de reproduction en s’opposant aux récits hétéronormatifs et patriarcaux. En analysant des personnages tels que Xena, Dana Scully ou Ellie Williams, le texte souligne comment ces figures fictionnelles influencent les spectateur·rice·s et nourrissent des imaginaires alternatifs, produisant des écoqueer zones : des espaces de résistance où se jouent de nouvelles alliances entre humain·e·s et non-humains. En adoptant une approche relationnelle, ce texte démontre que les images sérielles du corpus étudié ne se contentent pas de représenter des mondes queer et écologiques, mais participent activement à leur création et à leur circulation, interagissant avec les discours militants, les critiques culturelles et les mouvements politiques contemporains. Le contenus de cet texte s’inscrit également dans le projet Gender Ecology TV Series / GETS (ACCRA UR 3402 – Université de Strasbourg).

« Hybridations humaines, végétales et fongiques. Nature queer et queerisation des images dans les séries », Études cinématographiques, Étranges Percepts, 2025.

✏︎ Dès le 19e siècle, la littérature foisonne de représentations végétales et fongiques monstrueuses. Des imaginaires colonialistes, modernistes et naturalistes croisent des visions écologistes, écoféministes et queer. En parallèle des premières plantes meurtrières issues des films Invasion of the Body Snatchers (1956), Little Shop of Horrors, (1960) ou The Day of the Triffids (1963), les séries télévisées opèrent une popularisation des phénomènes de proliférations fongiques ou végétales. À quelle esthétique avons-nous alors affaire ? Quel rôle tiennent ces images au regard des problématiques contemporaines impliquants le spécisme et diverses autres discriminations ou phobies des corps queer ? Comme thème récurrent depuis plus de 70 ans, il convient de relire l'évolution de ces hybridations corporelles dans les séries. Ces dernières étant désormais comprises comme un milieu moral et pédagogique, le texte qui suit explore une iconologie des motifs horrifiques impliquant les plantes, les champignons et les humains dans de troublantes incorporations dont les formes sont peut-être à mettre en perspective avec l’hypothèse queer de la nature. Le contenus de cet article s’inscrit dans le projet Gender Ecology TV Series / GETS (ACCRA UR 3402 - Université de Strasbourg). ➭ Plantacionocène - Écologie - Études de cultures visuelles - Queerité - Nature - Études de genre - Séries tv

« Images sororales dans les séries : du féminisme à l’écologisme », Savoirs en lien n°3, Sororité, 2025.

✏︎ Si l’on cherche aujourd’hui à comprendre en image les enjeux de la sororité, il y a de fortes chances pour que nous utilisions internet ou les plateformes de streaming afin de trouver des séries à regarder pour en apprendre davantage. Car, oui, les séries sont désormais comprises comme « des outils d’éducation »  (Laugier, 2019), surtout pour les plus jeunes d’entre nous. Dans ce cas, la sélection renvoie en premier à Sex and the City (HBO, 1998-2004), Charmed (The WB, 1998-2006), Girls (HBO, 2012-2016), Orange is the New Black (Netflix, 2013-2019), Scream Queens (Fox, 2015-2016), Big Little Lies (HBO, 2017-2019), The Handmaid’s Tale (Hulu, 2017+), Good Girls (NBC, 2018-2021), ou à On the Verge (Canal+/Netflix, 2021) , Yellowjackets (Showtime, 2021+), Filles du feu (France 2, 2023), ou encore à Clashing Differences (ZDF, 2023), etc. S’ouvre alors une véritable culture visuelle de la sororité. Or toutes ces séries ne semblent pas égales dans leur définition esthétiques, narratives et conceptuelles de la sororité. Contrairement à ce que certaines de ces fictions nous montrent, la sororité ne relève pas de la camaraderie entre filles, de l’amitié, ni même d’un soutien ponctuel, et encore moins d’un féminisme opportuniste. Comme le rappelle bell hooks dans les années 1980, il s’agit plutôt de « solidarité politique », et de faire converger des intérêts communs, de s’accorder sur des valeurs partagées. Il est donc avant tout question de s’unir dans la diversité, et de croire en cette union malgré les différences de classes ou de races (hooks, 2017, 119-152). Et si la plupart de ces séries dépeignent la sororité comme tenant d’une relation entre humaines, d’autres fictions empruntant aux imaginaires écoféministes, comme Extrapolations (Apple+, 2023), Frontera Verde (Netflix, 2019) ou Abysses (ZDF, 2023), ont pu également étendre ce rapport emphatique aux non-humaines et à la Terre (Haraway, 2016). Que nous disent alors toutes ces séries de la sororité ? Et quelles images sororales présentes dans ces fictions pouvons-nous reconnaitre voire appliquer dans notre quotidien ? Dés lors que les séries sont envisagées comme des outils d’apprentissage, ce texte vise en creux à expliquer l’importance et la responsabilité de ces images sororales, pas si fictionnelles… Le contenus de cet article s’inscrit dans le projet Gender Ecology TV Series / GETS (ACCRA UR 3402 - Université de Strasbourg). ➭ Sororité - Écologie - Études de cultures visuelles - Écoféminismes - Études de genre - Séries tv

« Formes multiples de la natures à l’écran », archifictions, n°3, Natures, 2024. 

⚐ Écrit en collaboration avec Mike Zimmermann

✏︎ Alors que les questions environnementales sont au cœur des préoccupations contemporaines, les fictions audiovisuelles traitant d’écologie ne cessent d’affluer sur les écrans. En effet, depuis le début du siècle dernier, plusieurs films et séries de genres environnemental, écologique et expérimental prennent « la nature » comme sujet. Que cela soit dans un registre paysager, bucolique, dans une perspective morale, militante, sous le signe de la catastrophe imminente, ou de la transformation la Terre, les animaux, les mondes végétaux, minéraux, et humains accusent des ravages épouvantables causés par les industries capitalistes. La nature prend alors plusieurs formes. En tenant compte des nombreuses découvertes issues de la philosophie environnementale, de l’écologie profonde, ou de l’anthropologie qui ont déjà défini et redéfini le concept de nature, ce troisième numéro d’archifictions propose de s’intéresser spécifiquement aux diverses figures de la nature retrouvées dans les films et les séries de fiction, dans le cinéma expérimental et documentaire. À partir de ces images, il s’agit alors de distinguer les rapports, culturels, symboliques, spirituels et historiques imbriqués, que les humains entretiennent avec la nature. ➭ Nature – Écologie – Études de cultures visuelles – Postnaturel – Séries tv – Film

« Femmes de sciences à l’écran. De l’Effet Matilda à l’Effet Scully », DAM n°5, 2023.

✏︎ De récentes études montrent que la figure de la femme scientifique à l’écran et dans les médias est encore minoritaire et manque de visibilité. Dans le sillon des études visuelles et des feminist media studies, il est donc ici question de s’intéresser aux images fictionnelles des femmes de sciences. Alors qu’elles n’accèdent encore que très difficilement aux grandes récompenses et qu’elles assistent le plus souvent leurs collègues masculins, quelles représentations de la femme de sciences circulent alors dans les médias ?  Plus précisément, il convient d’examiner l’évolution des personnages scientifiques féminins dans les séries depuis 1993, l’année où elles semblent sortir de l’ombre (The X-Files, FOX, 1993). L’étude de plusieurs productions audiovisuelles peut ainsi permettre d’identifier de quelles manières la culture scientifique et ses représentants sont montrés à l’écran, et expliquer du même coup en quoi la figure du scientifique est un objet encore trop masculin de la culture visuelle. En dernier lieu, il s’agit de mesurer l’influence potentielle de ces images dans la construction d’imaginaires inclusifs en soutenant l’hypothèse que dans le champ des représentations, l’Effet Scully peut ralentir l’Effet Matilda. ➭ Femmes de sciences - Études culturelles - Feminist media studies - Séries tv